2. L'imagerie de la relation malade - médecin
• Le corps du patient
La maladie introduit une faille dans l'image que l'individu avait de lui-même. L'image est ternie, elle cesse d'être satisfaisante. C'est au niveau du corps, de l'amour ou de l'intérêt qu'il porte à son corps, que le sujet se trouve blessé. Il ne peut plus se considérer comme le bel objet, ou le bel instrument, source de plaisir pour soi, d'admiration ou d'envie pour autrui.
En fait, ce rôle iconoclaste de la maladie paraît trop évident. On admet trop facilement qu'avant l'irruption de la maladie l'homme était parfaitement satisfait de son corps, ou de l'image de son corps. Les multiples petites déceptions, les échecs discrets, mais répétés, qui sont l'apanage de l'être humain, s'oublient rapidement dans les regrets d'un passé de bonne santé, idéalisé par l'état de maladie. Lorsque les douleurs, la faiblesse, la fièvre empêchent jusqu'à la marche ou la station debout, on ne pense plus qu'on n'était pas toujours le plus adroit au travail, le plus fort aux jeux, le plus beau aux yeux de l'autre sexe. Et, du même coup, se découvre l'ambiguïté de toute relation de l'homme à la maladie. La maladie est une souffrance et une menace. Mais elle est aussi la justification, l'explication rationnelle de toutes les brouilles et les dépits amoureux entre l'homme et son corps. Ce peut êtret là l'une des premières sources de malentendu entre le malade et son médecin.
Pourtant, la maladie, malgré tous ses inconvénients, n'est pas uniquement source de souffrance. Mais cette dimension, qui est celle d'une maladie dont on tire des bénéfices, est le plus souvent refoulée, inconsciente. Néanmoins, toute maladie comporte un relent de ces maladies d'enfance qui libèrent du quotidien ; à condition que l'ambiance du foyer parental soit aimante, comme l'ont bien compris les services hospitaliers qui accueillent les enfants dans une ambiance familiale chaleureuse.
Pour les adultes (et les adolescents) c'est l'appréhension, le doute, l'angoisse qui occupent le premier plan. Soucis légitimes pour l'avenir, peur de la mort. Mais c'est surtout la crainte devant l'inconnu, crainte qui ramène le malade à l'impuissance de l'enfant, à cet état où il ne pouvait survivre que grâce à la protection des autres. Ce phénomène de régression accompagne, à des degrés variables, toutes les maladies. Il détermine l'attitude à l'égard de l'entourage en général et, surtout, il est au fondement des images que le malade se fait de son médecin.
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