« Au commencement était la mécanique. » Ce mot du physicien allemand Max von Laue dans son Histoire de la physique (1953 ; trad. de Geschichte der Physik, 1946) est profondément vrai.
L'homo faber a multiplié depuis des temps immémoriaux les moyens d'agir en annexant au service de ses facultés naturelles des instruments matériels et a manifesté ainsi son caractère unique parmi les êtres vivants. L'ensemble des procédés et des outils à l'aide desquels l'homo sapiens ne cesse d'accroître sa puissance et de modifier la situation de son espèce dans l'Univers est l'un des éléments significatifs de sa nature, aussi mystérieuse que privilégiée, et la connaissance de cet ensemble et de son évolution est essentielle à la réflexion que l'homme porte sur lui-même.
Mais l'histoire correspondant à ce vaste objet relève à la fois de l'examen des produits concrets de la fabrication et de l'étude des raisons que l'intelligence a progressivement insérées dans cette activité. Et le nom de mécanique, qui vient de la langue grecque, recouvre ces deux aspects du phénomène humain, distincts bien que liés entre eux. Cette histoire commence seulement à disposer des dossiers nécessaires à son élaboration, dossiers qui sont d'ailleurs encore incomplets pour le monde non occidental.
On ne saurait prétendre, en quelques pages, aller au-delà d'une ébauche, où le deuxième aspect évoqué ci-dessus, celui de la spéculation théorique, prend nécessairement et très largement le pas sur le premier, celui de la pratique et de la technique.
Le bouleversement de la civilisation qui s'est étendu sur toute la surface du globe est parti de l'Europe où son origine se situe incontestablement dans le phénomène de la science positive tel qu'il apparaît au xviie et au xviiie siècle. Or ce phénomène lui-même est dominé par le modèle que la science mécanique naissante a fourni à toutes les autres spéculations théoriques, puis par les moyens d'appréhension intellectuelle que le développement de cette science a mis à la disposition de l'esprit, jusqu'à ce qu'enfin l'univer […]
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