4. Le second exil
Cette conception volontariste et collectiviste de la vie et de l'histoire explique aussi le ralliement de Gorki aux bolcheviks, auxquels il reprocha d'abord violemment (Pensées intempestives, articles de 1917-1918) d'avoir déclenché prématurément la révolution dans un pays arriéré. Ainsi il accuse le « tandem Lénine-Trotski » de faire une « expérience cruelle » sur le peuple russe, et s'effraie du déchaînement des « instincts zoologiques ». Il s'efforce de sauver de la faim ou de l'arrestation écrivains et savants, défend le patrimoine culturel contre le vandalisme, lance d'ambitieux projets éditoriaux. Excédé par sa « vaine agitation », Lénine lui conseille d'aller soigner sa santé à l'étranger. Gorki finit par partir, le 16 octobre 1921, pour un long exil, d'abord en Allemagne et en Tchécoslovaquie, puis à Sorrente à partir de 1924. Il suit attentivement la vie littéraire soviétique, distribuant conseils et critiques. Ses souvenirs et l'étude du passé nourrissent son œuvre : il écrit La Maison Artamonov (1925), un roman de famille sur l'origine et la dégénérescence d'une dynastie de manufacturiers, et s'attelle en 1925 à un roman-fleuve qu'il ne terminera pas, La Vie de Klim Samguine, dédié à Maria Zakrevskaïa, sa secrétaire et nouvelle compagne. Sur fond d'événements historiques vus à travers le prisme d'un antihéros – un avocat raisonneur – Gorki suit la dissolution de l'intelligentsia libérale de 1879 à 1917.
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