“Voir suffit” : cette formule lapidaire de Valéry pourrait être mise en exergue à la vie et à l'œuvre de Max Huggler. Conservateur de musée, universitaire et collectionneur lui-même, il fut pendant près de soixante ans un observateur engagé de la scène artistique suisse du xxe siècle, appliqué à former le regard de ses contemporains sur l'art moderne.
Né à Berne, il y suivit une scolarité classique puis des études supérieures de théologie avant de se tourner définitivement vers l'histoire de l'art. Après un poste d'assistant au musée Kaiser-Friedrich à Berlin, il prit à vingt-huit ans la direction de la Kunsthalle de Berne, dont il fit pendant treize ans un lieu d'exposition pour les artistes suisses ou européens orientés vers la modernité. Parmi les cent vingt manifestations qu'il y organisa, les présentations des œuvres de Kirchner (1933), Klee (1935 et 1940) et Kandinsky (1937) ont fait date.
Nommé en 1944 à la direction du musée des Beaux-Arts de sa ville natale, Max Huggler en géra la collection en s'efforçant tout à la fois de présenter, au sein de la production nationale et dans sa spécificité, l'école bernoise de Niklaus Manuel à nos jours et de doter le musée d'œuvres pionnières de l'art moderne. Toujours proche des collectionneurs privés, il suscita maints dons ou legs en faveur du musée. Celui-ci accueillit ainsi en 1952 la fondation Paul Klee, qui présente quarante tableaux, cent soixante œuvres colorées sur papier, deux mille deux cent cinquante dessins et la quasi-totalité de l'œuvre pédagogique de l'artiste, puis en 1962 la fondation Hermann et Margrit Rupf, capitale pour l'étude du cubisme, ensembles qui furent enrichis par l'achat en écho d'œuvres françaises majeures du xixe et du xxe siècle.
Ses expositions entre 1944 et 1965 suivirent une ligne identique : il présenta des collections étrangères ou suisses et maintes rétrospectives destinées à “donner à voir” les sources de l'art moderne considéré sur le plan international. Parmi elles, citons Degas (1951), Van Gogh (1954), Sisley (1958), Munch (1958) et […]
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