4. La société maurya
On trouve dans les manuels une description détaillée des rouages administratifs de l'empire, décrit comme extraordinairement centralisé. Elle est extraite pour l'essentiel de l'Arthaśāstra, qui n'est probablement pas d'époque maurya, et qui ne décrit certainement pas un empire aussi vaste que celui de Candragupta. Aussi doit-on se borner aux sources plus sûres, mais plus succinctes, que sont les extraits du récit du voyage de Mégasthène et les inscriptions d'Aśoka. Encore faut-il souligner qu'elles valent surtout pour la vallée du Gange.
La monarchie maurya était absolue et autoritaire ; elle s'appuyait sur une administration très complexe, une police politique efficace et une énorme armée permanente, entretenue aux frais de l'État, avec des arsenaux, des haras et un remarquable service d'intendance. Dans les villes, les fonctionnaires étaient très spécialisés. Ils avaient presque toujours des attributions économiques, car le roi avait la propriété éminente du sol et du sous-sol, et la rente foncière était – avec le produit des mines et des forêts – la ressource essentielle de l'État. La structure de l'État ne paraît pas avoir été unitaire : c'était un agrégat de petits royaumes vassaux, de tribus, de villes autonomes, de provinces administrées directement par la couronne. Des vice-rois aux pouvoirs mal définis, probablement proches parents du roi, résidaient dans les grandes capitales provinciales et veillaient à l'exécution des ordres royaux.
La société était divisée en groupes professionnels théoriquement héréditaires et endogames, qui laissent présager le système des castes. Les esclaves jouaient un rôle si peu important dans la production que Mégasthène nie leur existence. Nous avons peu de témoignages précis sur l'activité économique. Les textes permettent de parler d'un développement de la production artisanale et du commerce interprovincial. Mégasthène signale l'attention apportée aux ouvrages d'irrigation, aux routes et au contrôle des opérations commerciales. Cela est confirmé par l'intensification de la circulation monétaire à cette époque : les monnaies poinçonnées maurya (punch-marked coins), émises par l'État ou par des banques privées, se trouvent par milliers. Pour le reste, l'archéologie n'apporte que de maigres précisions : l'usage du fer devient véritablement courant dans l'Inde entière ; dans tout le bassin du Gange se répand une poterie de luxe, très fine et très dure, d'un noir brillant, le N.B.P.W. (northern black polished ware).
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



