2. Méditation et engagement
Après les accueils mitigés que reçoivent certains de ses concerts, et alors qu'il est à l'orée d'une éblouissante carrière – il n'a que dix-huit ans –, Maurizio Pollini renonce brutalement à tous les engagements qu'on lui propose. Pendant plusieurs années, il préfère développer sa personnalité loin du tumulte vain des succès faciles, prendre le temps de lire, d'écouter, de méditer, de voyager. Il vient chercher des conseils de musique et de vie auprès d'Arturo Benedetti Michelangeli. Les grandes scènes internationales fêteront son retour, en 1968, par de véritables triomphes. Il se produit en solo ou sous la baguette des plus grands chefs, notamment de son ami Claudio Abbado, avec lequel il partage le même enthousiasme pour les musiques de son temps ainsi que le même idéal politique et social.
Il va réaliser pour Deutsche Grammophon une série d'enregistrements qui font date : de Beethoven, une intégrale des cinq concertos pour piano (avec l'Orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de Claudio Abbado) et les cinq dernières sonates pour piano (nos 28 à 32), les Études de Chopin, la Fantaisie en ut majeur de Schumann, les deux premiers concertos pour piano de Bartók (avec l'Orchestre symphonique de Chicago sous la direction d'Abbado), l'intégrale de l'œuvre pour piano seul de Schönberg, les Variations pour piano, opus 27, de Webern, la Deuxième Sonate de Boulez...
C'est dans le grand répertoire que se révèlent le mieux les qualités fondamentales de Maurizio Pollini : ébouriffante virtuosité, contrôle des plans sonores, maîtrise du phrasé, large éventail de couleurs. Beethoven, Chopin et Brahms trouvent en lui un interprète à la fois solaire et puissant. Un soupçon de froideur distante, sans doute né de la recherche même de la perfection, prive parfois ses Schubert et Schumann du frémissement sensuel qui rend leur musique si émouvante. Mais quel élan, quelle intelligence, quelle vie dans ces concertos pour piano de Bartók avec Abbado !
Ma […]
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