Ayant acquis quelques rudiments dans l'art du dessin, Maurice Quentin de La Tour part de Saint-Quentin, sa ville natale, pour Paris où il entre dans l'atelier d'un peintre ami de Watteau, Spoede. C'est au moment où la Vénitienne Rosalba Carriera transforme son passage à Paris (1720-1721) en véritable événement artistique, ses portraits au pastel très admirés ravivant le goût du Tout-Paris pour une technique brillante et flatteuse. Mais La Tour sera le maître dans le genre, donnant une force supplémentaire à ce qui n'était considéré souvent que comme du dessin. Après quelques voyages dont un séjour en Angleterre, il se fixe à Paris en 1727 et ses portraits sont remarqués, car ses modèles sont déjà célèbres (Voltaire en 1736). Son agrément à l'Académie (1737) lui permet d'exposer au Salon. Son art, le véritable engouement pour son style de portraits autant que les appuis des milieux artistiques lui valent d'être reçu à l'Académie en 1746 à une époque où les portraitistes et à plus forte raison les pastellistes ne peuvent espérer de grand triomphe dans la carrière officielle. C'est la famille royale, l'aristocratie, les financiers, les intellectuels et les artistes qui sont ses modèles empressés de lui plaire en dépit de ses bizarreries et de sa franchise brusque qui séduit Versailles. En 1782, il dote sa ville natale d'institutions charitables et y fonde une École royale de dessin, participant aux efforts un peu dispersés qui tendent à pallier l'insuffisance de l'enseignement artistique. C'est encore Saint-Quentin qui conserve l'essentiel de son œuvre (sous la forme d'études pleines de vie que n'ont plus les portraits finis qu'il a trop retouchés) : véritable anthologie des caractères et des visages du siècle de Louis XV. Comment expliquer son succès qui a été immense ? Avant tout par le don de saisir une physionomie : « Il avait le talent précieux de faire parfaitement ressembler » (Mariette). Et, au service du réalisme, il y a sa technique brillante et légère comme le dessin, ce qui pl […]
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