C'est une place à part dans la musique française qu'occupe Maurice Ohana, celle d'un indépendant qui a patiemment acquis ses lettres de noblesse après avoir suivi un parcours discret en marge des milieux officiels.
Il naît à Casablanca, le 12 juin 1914, d'un père originaire de Gibraltar et d'une mère andalouse. Il aborde le piano à Bayonne puis vient à Paris en 1933 pour y étudier l'architecture. Il travaille le piano avec Lazare-Lévy et l'harmonie et le contrepoint avec Daniel-Lesur à la Schola cantorum (1937-1940). Il commence une carrière de pianiste, interrompue par la guerre, pendant laquelle il porte l'uniforme britannique. Un séjour à Rome, en 1944, lui permet de se perfectionner avec Alfredo Casella à l'Accademia di Santa Cecilia. Il commence a composer pour son instrument (Trois Caprices, Sonatine monodique). En 1947, de retour à Paris, il est l'un des fondateurs du groupe Zodiaque, qui cherche à réagir contre la tutelle esthétique des différents systèmes en vogue pour privilégier une libre expression, démarche qui vise autant le postsérialisme que le néo-classicisme. Il conservera cette forme d'engagement tout au long de sa vie. Sa musique est d'abord profondément enracinée dans la tradition andalouse et nord-africaine : Llanto por Ignacio Sànchez Mejias, sur un poème de Federico Garcia Lorca (1950), Cantigas pour soli, chœur et instruments, sur un texte de poésie médiévale espagnole (1953-1954), les Trois Graphiques pour guitare et orchestre (1950-1957) ou Tiento pour guitare (1955), que jouera Narciso Yepes. Puis elle s'élargit aux moyens d'expression les plus actuels : la percussion, avec les Études chorégraphiques (1955, créées seulement en 1963 par les Percussions de Strasbourg) et Silenciaire (1969) ; les micro-intervalles, grâce auxquels il reconstitue les inflexions mélodiques du cante flamenco et dont il systématise l'emploi dans Le Tombeau de Claude Debussy pour soprano, cithare, piano et orchestre (1962) ; la voix humaine, dont il explore les ressources, du chant parl […]
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