Universitaire et prêtre français, philosophe et historien de la pensée religieuse, Nédoncelle a ouvert une voie originale entre l'idéalisme universitaire français des années vingt et un personnalisme philosophiquement fondé. Il part, en 1926, d'une « Esquisse d'un volontarisme idéaliste » (publiée en 1970 dans les Explorations personnalistes) où se manifeste, dans l'esprit de l'époque, la fascination du moi par le Moi : la pensée du plus rigoureux des personnalistes chrétiens prend sa source dans l'identité absolue, passionnément contemplée, du Moi universel : « Par le fait même que je suis, je ne connais, en effet, que moi, je ne veux que moi. En un sens fondamental [...] il est incontestable et définitif que, par ma qualité de personne, je suis condamné à être réellement seul au monde, et que je voudrai toujours devenir seul, en quelque façon que je le veuille. » N'est-ce point risquer cette sorte d'encerclement que s'acharnent à dénoncer ou à surmonter, le problème étant ainsi posé, critiques et sectateurs du cogito cartésien ? Dès ce temps, Nédoncelle sait qu'il lui faut exorciser la tentation : « Maintenant, puis-je sortir, et par quel moyen, de ce moi [...] ; comment ma pensée-action me révélera-t-elle les existences réelles autres que la mienne ? » Cette sortie de soi ne saurait se faire que par une modification radicale du problème. Radicale, mais inévitablement progressive. Si Nédoncelle entrevoit, en effet, dès ce stade de ses recherches, un certain rôle premier de l'amour — cantonné par une malheureuse évolution historique dans une subjectivité exclusivement individuelle —, il en est encore à l'évoquer en termes d'exode, de sortie de soi coûteuse, voire ascétique. Philosophiquement, les perspectives idéalistes ne l'autorisent encore à penser l'existence de l'autre que selon un raisonnement analogique, itinéraire qui sera vigoureusement contesté plus tard. Bref, si la sympathie pour le voisin incite le moi monadique à se percer de portes et de fenêtres, il reste que l'enc […]
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