4. Surnaturel et autonomie humaine
Après des années de discussions souvent très vives, la plupart des objections faites à Blondel, tant au nom de la raison qu'à celui de l'orthodoxie catholique, se sont révélées caduques. L'élargissement des études théologiques vers l'exégèse, la patrologie orientale, la philosophie moderne a brisé le cercle étroit en lequel un certain thomisme scolaire s'était enfermé. Depuis 1945, la pensée contemporaine a tenté d'intégrer l'irrationnel et le vécu dans ses nouveaux courants, tels la phénoménologie, l'existentialisme et les diverses formes d'hégélianisme. Le danger serait plutôt dans une certaine dissolution de la raison, qui, n'ayant plus de norme ni d'arêtes précises, se flatte de tout accueillir, alors qu'elle n'a plus de prise. L'influence de Blondel est dès lors menacée, non plus par le rationalisme, mais par les facilités de l'irrationalisme.
S'il fallait indiquer, pour finir, la difficulté majeure de la pensée blondélienne, peut-être la trouverait-on dans l'ambiguïté du terme « surnaturel » en contexte chrétien. Ce mot semble désigner un surcroît (la grâce rédemptrice et déificatrice octroyée à la nature) et un événement (l'initiative divine manifestée par l'histoire du salut dont le Christ est le centre). Mais ce surcroît, comme cet événement, n'est assimilable que s'il est déjà en chacun le principe de tout le développement humain. Pour être véritable, une fin doit être, obscurément mais réellement, première et premièrement normative. Dieu se précède lui-même. Aussi le surnaturel historique suppose-t-il un infini présent et communiqué au principe de l'action, une « théergie » selon le mot de Blondel. Et c'est la suture, la synthèse a priori entre cette communication primordiale et le don ultérieur, qui est le point délicat du blondélisme. Mais il faut reconnaître que ce point est largement à la charge d'une certaine théologie.
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