5. L'art de Grünewald
L'art de Grünewald se distingue nettement de celui de ses contemporains, Holbein, Dürer, Cranach l'Ancien, Baldung. Il traite uniquement des thèmes sacrés. Pour la représentation de ces thèmes, son art s'inscrit dans la tradition chrétienne du Moyen Âge à laquelle se rattachaient aussi ceux qui lui faisaient des commandes. La mystique allemande des xive et xve siècles, la peinture et la sculpture de la fin du gothique furent pour lui le point de départ thématique et formel. Mais il y a dans son œuvre une progression de l'expression qui n'a pas d'équivalent dans la peinture de son temps. La couleur y joue un rôle prépondérant. Les valeurs véhémentes, souvent changeantes, ont un caractère symbolique et aussi expressionniste.
Cependant, la terrible représentation de la Passion est toujours liée à celle de la Rédemption. La relation intime et profonde de la Mère et de l'Enfant dans le retable d'Issenheim et dans la Madone de Stuppach, de même que les inscriptions symboliques, tout rappelle la rédemption totale de l'homme par le Christ fait homme. À la tentation de l'homme par le diable et les êtres démoniaques, telle qu'elle est dépeinte dans le Saint Antoine du retable d'Issenheim, s'oppose la résurrection du Christ et donc la rédemption. Par ses implications symboliques, allégoriques et mystiques, par les moyens d'expression exceptionnels qu'elle met en jeu, l'œuvre de Grünewald renouvelle de façon magistrale le sentiment religieux du Moyen Âge, mais elle en marque en même temps le terme.
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