3. Le retable d'Issenheim
Le sommet de l'œuvre de Grünewald est représenté par le célèbre retable d'Issenheim (musée Unterlinden, Colmar). Ce grand retable avait été commandé par le « précepteur » du couvent des Antonins d'Issenheim, le Sicilien Guido Guersi, pour remplacer dans l'église du couvent, récemment agrandie, un retable plus ancien de Martin Schongauer. La date exacte d'exécution n'est pas établie, mais il semble qu'elle se place entre 1512 et 1516. Le polyptyque est une illustration des activités des Antonins qui se consacraient aux soins des malades, et particulièrement des pestiférés. Le retable comporte de chaque côté deux panneaux mobiles superposés qui se referment sur un reliquaire de bois sculpté. À l'origine, il était surmonté de sculptures. Les quatre volets sont peints sur les deux faces.
Sur la prédelle, on voit La Lamentation, et sur les panneaux fermés, La Crucifixion et Saint Antoine et Saint Sébastien, les saints patrons du couvent dont ils soutiennent la lourde tâche : soigner et guérir les pestiférés. La Lamentation représente les fidèles et les malades délivrés de leurs souffrances par le Christ. La Crucifixion est concentrée sur le corps du Christ, légèrement déporté vers la droite du tableau ; saint Jean-Baptiste montre d'un geste devenu célèbre le corps brisé, livide, qui pend à la croix, couvert de blessures purulentes. Marie, soutenue par saint Jean l'Évangéliste, et Marie-Madeleine se tournent vers lui en l'implorant.
Le retable ouvert, d'un coloris splendide, révèle sur les volets L'Annonciation et La Résurrection. Le large panneau central représente la Nativité, dans le décor d'une architecture fantastique où jouent des anges musiciens ; au centre et sous l'édicule, Marie, jeune, est représentée, semble-t-il, d'après une vision de sainte Brigitte de Suède.
Déplié une seconde fois, le retable laisse apparaître la partie centrale sculptée, attribuée à Nicolas Hagenau, avec Saint Antoine, patron du couvent. Les volets de Grünewald montrent Saint Antoine et saint Paul ermite au désert et la scène de La Tentation de saint Antoine peuplée de figures démoniaques qui rappellent Jérôme Bosch.
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