2. The Cremaster Cycle
Durant neuf années, Matthew Barney a réalisé et coproduit cinq films, d'une durée totale de six heures environ : Cremaster 4 (1994-1995), Cremaster 1 (1995-1996), Cremaster 5 (1997), Cremaster 2 (1999) et Cremaster 3 (2002), ainsi que tout un corpus de sculptures et de photographies, issues de leurs scènes les plus fortes. La confrontation de films, de sculptures, de dessins préparatoires, de vitrines, de musiques composées par Jonathan Bepler, de dialogues et de photographies inscrit cette œuvre dans la tradition de l'œuvre d'art totale, qui, de Wagner aux avant-gardes européennes des années 1910, a fait la singularité de la modernité.
« Cremaster » est le terme médical désignant le muscle qui maintient les testicules en suspension, afin de préserver la fertilité de la semence. Pour l'artiste, le rôle de ce muscle, le seul que l'athlète ne puisse développer, est central. Il est à l'image de la position de l'individu, qui oscille sans cesse entre l'ascension et la chute. L'enjeu est de maintenir un état d'équilibre permettant de stocker l'énergie, source de désirs prometteurs et de potentialités infinies.
C'est bien là le but, voire l'utopie idéaliste que propose cette fable polymorphe et merveilleuse, construite comme un autoportrait, et qui s'adresse directement à la pulsion créatrice de l'homme. À travers des images « surréalistes » et délirantes, cette œuvre nous projette dans un univers fantastique, inédit, à la fois inaccessible et séduisant. Elle conduit le visiteur à reconsidérer sa vision du monde, à mettre en question les modèles imposés par la société pour inventer d'autres catégories, d'autres territoires, d'autres relations entre les individus. De Joseph Beuys à Robert Filliou en passant par Yves Klein et Gilles Deleuze, quelques grandes figures de l'art et de la pensée du xxe siècle ont affirmé déjà la nécessité de se tourner vers ce territoire inachevé qu'est l'homme, pour rapprocher l'art et la vie.
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