7. Unité
Cette unité d'inspiration réside dans le sentiment de l'universelle souveraineté de l'amour plus encore que dans le goût des beaux exploits empreints de courtoisie chevaleresque. Le Roland amoureux a pour pôle d'attraction et de révolution la fascinante Angélique, qui apparaît d'entrée de jeu entre quatre géants devant la cour de Charlemagne, un jour de trêve où les plus brillants des guerriers « maures » festoient en compagnie des chevaliers chrétiens. D'emblée, le manichéisme épique est rompu : Fidèles et Infidèles sont jetés dans un même camp, celui du tourment d'amour. Le vieux duc Naime lui-même est bouleversé par la beauté d'Angélique, tandis que Roland et le Maure Ferraù n'ont plus qu'une pensée, qui est de conquérir la princesse. Mais celle-ci, par l'effet d'une fontaine magique, a autant de répulsion envers tous ceux qui la poursuivent, à commencer par Roland, que de vain amour pour le paladin Renaud, lequel, abreuvé de son côté à la source de la haine, répond à la passion d'Angélique par le mépris. Tout changera quand son tour viendra de boire à la fontaine de l'amour... Bien qu'elle soit, comme n'importe quel autre personnage, sous la dépendance du pouvoir magique, à son détriment par le sortilège de la fontaine, à son bénéfice par l'anneau qui au besoin la rend invisible, Angélique est plus « fatale » dans le Roland amoureux qu'elle ne le sera finalement chez l'Arioste, liquidateur de tous les maléfices qui naissent d'une aveugle passion.
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