4. Le « Roland amoureux »
Le titre de Roland amoureux parut à coup sûr plus inattendu que celui de Roland furieux, donné par l'Arioste à son propre poème quand il reprit initialement la trame de Boiardo au point où elle s'était interrompue. L'œuvre du comte de Scandiano est en effet la première où le paladin Roland, rendu familier en Italie par deux ou trois siècles de tradition orale professionnelle (les déclamateurs publics d'« histoires franques » étaient si en faveur à Bologne dès 1288 qu'un arrêté prémunit la Commune contre les attroupements qu'ils causaient sur les places), est cruellement asservi à l'amour. En associant dans son poème la matière épique dite « de France » et la matière courtoise dite « de Bretagne », en italianisant d'une certaine manière son sujet par l'intégration d'une fable de célébration dynastique, à savoir l'histoire de Roger et de Bradamante, ancêtres de la maison d'Este, Boiardo apportait une innovation dont l'Arioste devait, en se plaçant dans sa lancée, étendre la portée et accroître le prix.
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