6. L'idéalisation de l'espace cristallin ; un détour heuristique vers les structures moléculaires
De longue date, la distinction et l'identification des minéraux se faisait d'après leurs attributs organoleptiques ; le repérage de formes caractéristiques n'était que l'un des arguments d'une diagnose mal assurée dans la hiérarchie des critères. Cependant, à la fin du xviiie siècle, sur la voie de la reconnaissance d'espèces minérales (et non plus seulement de « sortes »), l'identification de formes cristallines bien prononcées fut, tout ensemble, l'occasion de retenir des repères de spéciation et de développer des théories cristallographiques cohérentes. L'idée décisive appartient à René Just Haüy, qui sut établir le passage entre régularités macroscopiques externes et arrangements internes. Plus précisément, il a développé l'hypothèse, peu auparavant esquissée par Romé de l'Isle, de l'existence d'une « forme primitive » propre à chaque espèce cristalline. En 1793, il propage la dénomination de « molécule intégrante » pour désigner le terme de la « division en petits solides, [...] passé lequel on arriveroit à des particules si petites, qu'on ne pourroit plus les diviser, sans les analyser, c'est-à-dire sans détruire la nature de la substance... ». Mais cette individualité minérale, si elle est morphologiquement fixée, peut ne pas être l'image exacte du cristal macroscopique ; elle n'en est que l'élément « moléculaire » dont la contiguïté ordonnée compose des aspects variables, mais déterminés. Les cristaux empiriquement observables d'une certaine composition chimique s'offrent à la vue sous diverses apparences qui résultent, le plus souvent, de troncatures sur les sommets et les arêtes de la forme complète et parfaite, dans laquelle cristallise l'espèce chimique examinée. C'est, précisément, en observant que l'apparente variété des aspects se range selon une distribution stoechiométrique en supposant que les contours perceptibles résultent de l'agrégation de modules, selon la loi […]
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