4. Les « faux » masques
D'autres séries de masques donnent l'impression d'avoir peu à peu perdu leur sens : on les trouve en effet reproduites à des milliers d'exemplaires et vendues aux touristes. Mais cela vaudrait d'être regardé de plus près. En effet, l'art dit d'aéroport comporte un grand nombre de faux masques, c'est-à-dire de représentations – sous forme de masques en réduction – de traits n'offrant que l'apparence de la tradition. On a utilisé un objet différent, par exemple les petits visages sculptés sur des plaquettes de bois incurvées et creuses accrochées à une ficelle et servant de tour de tête dans la vallée du Yuat ; on en a repris le dessin et on l'a présenté sous forme d'un masque pour touristes. En outre, le masque authentique, celui qu'il ne faut pas livrer dans ses détails constitutifs à la curiosité du peuple féminin, est une totalité. Si on lui retire un certain nombre d'attributs végétaux colorés, si on en change les peintures faciales ou la place des ornements de coquillages, si manque le petit détail qui est la signature du sculpteur de masque initiatoire, ce n'est plus un masque authentique mais un autre objet, et il y a moins d'inconvénient à céder à un étranger une pièce mutilée dont l'apparence ne peut plus rien révéler. Quand est-on passé de l'objet authentique, rituellement intronisé, à l'objet fabriqué pour la vente ou pour s'assurer les bonnes grâces d'un fonctionnaire européen ? Les ethnologues le savent parfois, mais pas toujours. Certains collectionneurs pourraient avoir un jour une surprise désagréable quant à l'authenticité de leurs trésors.
Comme bien d'autres institutions, à tort proclamées comme universelles à force de simplifications, le masque ne devient une catégorie générale que du fait de notre propre décision. Il y a de par le monde des milliers de masques dont aucun n'a exactement la même fonction. En étudiant ces masques qui sont tous différents, on s'aperçoit qu'il faut, si l'on veut les comprendre, les réintégrer dans la culture et la société qui les ont produits et les ont portés. L'étude des masques issus de cultures différentes – africaine, américaine, océanienne – ne fera que confirmer cette spécificité d'aspect, de signification et de portée symbolique, qui est la nature même du masque.
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