3. Sociétés et familles de masques
Les auteurs allemands, prêtres catholiques, pasteurs luthériens, administrateurs coloniaux en Nouvelle-Guinée, scientifiques en mission de collecte ethnographique, ou le révérend anglican Codrington, qui nous a laissé la première description cohérente des sociétés mélanésiennes, ont introduit l'expression « sociétés de masques » reprise ces dernières décennies par les spécialistes de l'Afrique. On ajoutait même qu'il s'agissait de sociétés secrètes, dont le masque était la manifestation publique. Ces études ont permis d'ailleurs d'apprendre qu'il y avait des « familles de masques ».
On a parlé aussi de sociétés à masques pour le nord de la Nouvelle-Bretagne, à propos du masque dukduk en particulier. Il y a là un aspect spécifique des choses, dû à ce que les membres des sociétés à masques de la région Tolai ont su garder le secret, non pas tant entre eux que vis-à-vis des Blancs, des Allemands d'abord, puis des Australiens ; en outre leur société dite Iniet, dont l'existence apparaît aujourd'hui très ancienne, a servi de cadre à des formes de résistance culturelles, souvent même politiques, à la domination européenne, et a joué un rôle aussi important que clandestin dans les événements qui ont conduit à l'indépendance de la Nouvelle-Guinée. De ce fait, aucun chercheur européen n'a pu réaliser une étude bien informée sur le masque dukduk. Les Tolai ont admirablement su se défendre contre la curiosité des spécialistes.
Dans un petit nombre de cas, on peut mettre en liaison des familles de masques, un symbolisme complexe ainsi qu'une littérature orale réservée à un groupe restreint d'initiés. Ces traditions sont mal connues, et constituent souvent le vrai mystère du masque, surtout en Afrique. Dès lors qu'il n'y a pas qu'un seul masque, on peut supposer qu'existent différents niveaux d'initiation, où varie à chaque fois la signification des symboles révélés. Grâce aux travaux de Marcel Griaule et de ses successeurs, consacrés aux Dogon de la falaise de Bandiagara au Mali, […]
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