3. Les fonctions du masque
En Océanie les fonctions du masque sont multiples. La première est de transformer le corps de son porteur, mais il peut aussi servir, comme chez les Abelam et les Boïken du Sépik, à personnifier des objets : ignames ou monnaies de coquillages, par exemple. Le masque peut servir de protection : les peuples guerriers du fleuve Sépik plaçaient des masques à la proue de leurs pirogues ou sur les pignons de leurs maisons cérémonielles pour déjouer les attaques de l'ennemi. On peut encore admirer aujourd'hui les grandes maisons-masques du village de Tambanum dont la bouche fait office de porte. C'est également dans la région du Sépik qu'étaient confectionnés d'immenses masques collectifs qui pouvaient abriter une dizaine d'initiés.
Dans toute l'Océanie les masques sont très souvent sexués, mâle, femelle ou hermaphrodite, mais ils ne sont portés que par les hommes. Si leur fabrication nécessite parfois plus d'une année, leur présentation publique ne dure que quelques minutes. Cette prestation est souvent une épreuve physique intense pour les porteurs car les masques sont parfois très lourds, aussi la chorégraphie doit-elle être codifiée avec précision. Différents instruments de musique accompagnent généralement la sortie des masques car tous les sens sont sollicités pour que leur apparition produise l'admiration, l'émotion et le respect des spectateurs : la vue, l'ouïe mais aussi l'odorat grâce aux nombreuses plantes odoriférantes qui les recouvrent. Certains masques, perçus comme l'incarnation des esprits des morts, sont considérés comme très dangereux et leur apparition provoque la peur des spectateurs.
Dans les mythologies océaniennes ce sont presque toujours les femmes qui ont créé les masques, mais les hommes leur ont volé les secrets de fabrication.
Autrefois, les masques étaient les garants de l'ordre social et leurs sorties permettaient de le rétablir en période de troubles. Leur fabrication et leur présentation impliquaient et impliquent encore aujourd'hui des échanges d'argent (coquillages, plumes ou billets de banque) entre différents membres d'une communauté.
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