2. Ethnologie du masque en Amérique
Si le masque-instrument de transfiguration n'a apparemment connu qu'une modeste implication rituelle ou festive dans l'univers précolombien, il est, en revanche, largement répandu actuellement dans les communautés indigènes d'Amérique. De l'Alaska à la Terre de Feu, la quasi-totalité des groupes ethniques utilisent des masques lors de fêtes coutumières et traditionnelles. La plus grande variété préside en conséquence aux formes, aux styles et aux fonctions de cet objet éminemment rituel. Sans qu'il soit possible de dresser un quelconque inventaire, on peut néanmoins distinguer dans les masques américains ceux qui sont manifestement d'inspiration européenne et ceux qui ne semblent pas l'être.
Dans la première catégorie, il faut ranger la plupart des masques en usage depuis le xvie siècle dans les différents pays d'Amérique latine. Bien que les conditions de leur introduction soient mal connues, force est de constater que, du Mexique au Pérou, un grand nombre de danses masquées importées par les conquistadores ont rapidement été intégrées aux traditions culturelles des populations autochtones. L'exemple le plus classique est celui de la danse « des maures et des chrétiens » (Moros y cristianos) : évocation d'une page d'histoire strictement ibérique, elle figure néanmoins parmi les danses les plus populaires chez les Indiens du Mexique et du Guatemala ! Dans ce folklore indigène latino-américain, les traits occidentaux sont assez marqués : les masques anthropomorphes sont très souvent moustachus ou barbus à la façon européenne. Les populaires diablitos cornus paraissent sortir tout droit de notre imagerie médiévale. La danse des toritos fait intervenir des masques de taureaux qui n'ont, bien sûr, rien d'autochtone. Et les fameuses « danses de la conquête » mettent en scène de superbes masques de conquistadores à la peau rose et aux cheveux blonds. Les résurgences de thèmes précolombiens se trouvent peut-être dans les masques de vieillards (un […]
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