2. Agriculteurs du bassin du Niger
Pour les Bambara, « la société n'a commencé d'exister qu'avec l'agriculture » (D. Zahan). De nombreux masques bambara représentent diverses antilopes, animal associé à l'agriculture, dont la tradition orale dit qu'il fut l'instigateur. À la corne est assimilée la croissance des céréales. Les plus connus de ces masques sont les tyirawaw des Bambara, portés par la société initiatique du même nom, qui enseigne les fondements de la vie agricole. Cimiers fixés sur des calottes de vannerie, ils se développent le plus souvent dans un plan vertical ajouré, représentant l'animal de profil, procédé rare qui souligne le mouvement des cornes et permet l'identification de l'espèce. Portés avec une tunique de fibres, ils vont par paires, mâle et femelle, associés respectivement au soleil et à la terre indispensables à la croissance des végétaux. Ils facilitent la symbiose des agriculteurs avec la plante nourricière, aidant ainsi sa croissance semblable à celle d'un être humain. Les Bobo de la société dwo (Burkina Faso) utilisent des masques anthropomorphes et zoomorphes polychromes, d'un style géométrique et linéaire propre à de nombreux peuples des savanes, portés avec un vêtement de fibres naturelles ou colorées, certains à palette ; ils ont aussi des masques de feuilles, à fonction purificatrice, aussi spectaculaires qu'éphémères. Les plus connus de ces peuples cultivateurs sont les Dogon (Mali), producteurs de nombreux masques d'un style géométrique et dépouillé. Les masques-cloches kponyugo développés dans un plan horizontal, portés par la société initiatique du poro des Sénoufo (Côte-d'Ivoire) et les peuples voisins, ainsi que les wabélé ou wanyugo aux fonctions agressives, de facture similaire, sont violemment expressionnistes. On les appelle les « masques-hyènes » ; simples ou doubles, ils sont pourvus de fortes mâchoires ouvertes sur des crocs énormes, armés de défenses, et portés avec un vêtement tacheté comme la robe du léopard. Ces masques s'opposent par le style au masque kpélié, porté lors des rites funéraires, qui est le plus vulgarisé des masques africains, et dont l'expression est sereine et détachée, proche des masques des Baoulé, voisins de forêt, qui utilisent aussi un type de masque à fortes mâchoires, moins agressif que le masque-hyène, et à fonction de divertissement.
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