2. Les films de genre
C'est en 1991, une fois achevée sa trilogie sur le monde des petits mafieux (Mean Streets, Raging Bull, Les Affranchis), que Scorsese se glisse dans le moule des genres établis, en acceptant une proposition de Steven Spielberg : il s'agit du remake de Les Nerfs à vif, mis en scène par Jack Lee Thompson en 1962. Ce film qui marque son deuxième triomphe au box-office permet au cinéaste de relancer sa carrière, mise à mal tant par le scandale causé en 1988 par La Dernière Tentation du Christ auprès des catholiques intégristes (incendie du cinéma Saint-Michel à Paris) que par ses insuccès publics successifs depuis Taxi Driver. Le Temps de l'innocence (1993, d'après Edith Wharton) où plane le souvenir de Visconti et Ophuls, Kundun (1997), beau et maladroit film historique sur le dalaï-lama, puis Gangs of New York (2002), gigantesque fresque sur la naissance du crime organisé au milieu du xixe siècle, ancrent Scorsese dans la tradition romanesque hollywoodienne, réduisant l'importance de ses deux autres films plus personnels, mais trop répétitifs, Casino (1995), où Joe Pesci et De Niro reprennent leurs personnages de gangsters des Affranchis et À tombeau ouvert (1999), l'ambulance remplaçant ici le mémorable véhicule jaune de Taxi Driver.
Un parcours pratiquement sans faille pour cet enfant de Jésus-Christ et de Frank Capra, qui est manifestement parvenu, à travers sa réussite artistique, à concilier une double aspiration spirituelle et cinéphilique. Ce maintien au sommet de l'affiche depuis 1991, il le doit, après avoir fini de sonder son univers intime, à son incursion dans le film de genre à gros budgets où il continue cependant de puiser dans ses passions de toujours (entre autres, sa fascination pour le passé de sa ville natale dans Le Temps de l'innocence et Gangs of New York). En combinant à merveille le regard de l'auteur original avec celui du metteur en scène de films pour grand public, Martin Scorsese à réussi à s'imposer aux yeux du nouvel Hollywood comme un cinéaste tant insolite que classique, exigeant et rigoureux, et par conséquent l'un des plus fiables de sa génération, dans le sillage des meilleurs créateurs de l'âge d'or du cinéma américain. Ce que confirme The Aviator (2004), film à caractère biographique sur la jeunesse du pilote et producteur Howard Hughes, interprété par Leonardo Di Caprio.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



