Peintre américain, Heade a surtout peint des paysages, dans des manières assez différentes, mais parfois simultanées. L'une, dans la tradition « luministe » américaine, fond les touches en une matière lisse, brillante, glacée, et diffuse sur l'ensemble du paysage un éclairage égal qui donne à chaque détail la même intensité et évoque la photographie (Lake George, 1862, Museum of Fine Arts, Boston). L'autre est plus pittoresque et se rapproche parfois de l'impressionnisme par l'attention portée aux phénomènes atmosphériques comme par l'usage des touches (Rocks in New England, 1855, Museum of Fine Arts, Boston). Cependant, jamais Heade ne va, comme certains impressionnistes, jusqu'à altérer l'intégrité de l'objet. À cet égard, il est significatif de comparer la série de Meules de Heade
(env. 1863, Museum of Fine Arts, Boston, notamment) qui représente le même motif dans des lumières différentes, avec celle que Monet peignit une trentaine d'années plus tard : chez Heade, la perception aiguë des volumes impose les formes stables sous les variations de la lumière. Heade est doué d'un tempérament riche et complexe, également sensible aux paisibles évidences de la nature et à son mystère. Il excelle en particulier à tirer des effets troublants de vastes espaces vides et de l'impartialité étrange de ses paysages luministes. Cette sorte de réalisme superlatif annonce directement le surréalisme de Dali, par exemple. Le même mélange d'objectivité et d'étrangeté caractérise ses tableaux de fleurs et d'oiseaux (Hummingbirds and Orchids, Detroit Institute of Arts), où les bizarreries de la flore et de la faune tropicales découpent leurs précieuses arabesques sur les paysages de la jungle.
Photographie
Summer Showers, M. J. Heade Martin Johnson HEADE, Summer Showers, huile sur toile. Brooklyn Museum of Art, New York, États-Unis.
Crédits: The Bridgeman Art Library Consulter
Pierre GEORGEL
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