2. Un plaidoyer en faveur des exclus
Si le caractère social du poème de José Hernández est indéniable, il n'en est pas moins vrai que les intentions littéraires de l'auteur sont affirmées dès la lettre-prologue à la première partie : « Je me suis efforcé de présenter un type qui personnifierait la mentalité de nos gauchos, en mettant l'accent sur la façon d'être, de sentir, de penser et de s'exprimer qui leur est propre ; en le dotant de tous les jeux de son imagination remplie d'images et de couleurs. »
Certes, à propos de la deuxième partie, Unamuno remarquera que « sa signification est extrêmement didactique. Elle a beaucoup perdu de la fraîcheur alerte, de la rude spontanéité, du souffle vivifiant de la première ». Il n'en reste pas moins que Martín Fierro est un plaidoyer convaincant en faveur des exclus, des irréductibles, des marginalisés, ce qui lui confère cette vocation universelle que Borges, dans un texte admirable, a reconnue : « Hernández, note-t-il en 1953, a écrit pour dénoncer des injustices locales et temporaires, mais dans son œuvre sont entrés le mal, le destin et le malheur, qui sont éternels. »
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