2. La condition de l'homme : exil et résurrection
Dans des généalogies fantaisistes et quelque peu divergentes, Ficin cite, parmi les révélateurs successifs de la vraie sagesse, Moïse, Atlas, Prométhée, Zoroastre, Hermès Trismégiste, Pythagore, Platon, Plotin, Proclus, mais il maintient toujours la transcendance du Christ et, pour justifier son recours à la tradition platonicienne, se réfère souvent à la Cité de Dieu de saint Augustin. Si l'homme, pour lui, occupe une place intermédiaire dans un cosmos hiérarchisé, au demeurant plein de génies et de démons, sa domination sur le monde est limitée par un sentiment d'exil qui vient en partie du platonisme et de l'orphisme, mais se nourrit aussi à des sources médiévales (homo viator, contemptus mundi). Tenté d'abord par une sagesse épicurienne, liée chez lui à une vision aristotélisante du monde (où l'homme n'est qu'un relais éphémère de l'espèce dans la zone sublunaire), Ficin se convertit ensuite à une autre espérance, fondée sur la dignité singulière de l'âme individuelle, prisonnière d'un univers à demi illusoire, mais appelée à une ascension contemplative et unitive. Et cette vocation même rend un sens positif à l'œuvre de l'homme dans le monde.
E. Cassirer a insisté sur l'influence possible de Nicolas de Cues, tandis que E. Garin la juge secondaire ; quoi qu'il en soit, le rôle médiateur de la beauté esthétique et de l'amour des formes est beaucoup plus central dans l'Académie florentine que dans la dialectique cusaine. De l'Éros platonicien, Ficin retient à la fois le thème de l'insuffisance, du désir, et la puissance ascensionnelle. Mais il insiste sur la liberté de l'homme et, s'il croit à l'action constante des astres et des esprits répandus à travers le monde visible, il tient très ferme que « le même astre peut être faste ou néfaste selon l'attitude intérieure que prend l'homme en face de lui ». La connaissance de soi permet seule à l'« animus » de s'« immerger » dans la matière pour lui donner forme et signification, mais aussi d'« émerger » de ce tombeau pour une véritable résurrection. Proche par le haut de l'Ange qui est à la fois un et multiple, et, par lui, à l'indicible unité divine, il touche aussi par le bas à la qualité, qui est multiplicité unifiée, et, par elle, au corporel purement et simplement multiple, indifférent à toute forme et divisible à l'infini. La fonction de l'unité est en même temps fonction du repos ; et de la sorte se trouve singulièrement restreint le Drang faustien ou prométhéen qu'évoque Cassirer et qui sera plus sensible chez Bruno, une fois brisé le carcan de l'univers ptoléméen.
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