3. Évolution politique depuis l'indépendance
En 1956, deux forces politiques, le roi et l'Istiqlal, paraissaient habilitées, pour avoir incarné et animé le nationalisme marocain, à revendiquer la conduite des affaires publiques et à faire prévaloir leur propre conception dans l'élaboration des nouvelles institutions constitutionnelles. Aussi les premières années de l'indépendance sont-elles dominées par une lutte d'influence dont l'enjeu est le contrôle de l'appareil d'État et la conquête du leadership politique. La monarchie sort victorieuse de cette confrontation en faisant adopter, par référendum en 1962, une Constitution à sa mesure, et ce après avoir contribué à l'effacement progressif de l'Istiqlal au profit d'un réseau de clientèles locales lui assurant le contrôle du monde rural et d'une force publique placée sous son autorité. Le fonctionnement du nouveau mécanisme constitutionnel va rapidement être bloqué sous l'effet de la politisation excessive des institutions parlementaires et de leur incapacité à résoudre les tensions sociales attisées par les défaillances ou l'immobilisme de la politique économique de l'État.
L'explosion de violence qui survient à Casablanca, en 1965, sonne le glas de cette expérience parlementaire, et la proclamation de l'état d'exception ouvre une période d'autoritarisme qui conduit à la concentration totale du pouvoir entre les mains du roi, et à une certaine traditionalisation dans l'exercice du pouvoir. Désavouant les partis et réhabilitant les procédés traditionnels de l'influence politique et religieuse de la monarchie chérifienne, le roi va gouverner en s'appuyant sur un réseau d'élites administratives, rurales et économiques, dont le loyalisme est la seule condition qui garantisse leur prospérité économique et leur prestige social. L'absolutisme royal devient la trame d'un système qui s'accommode d'une corruption intensive, d'une répression sélective et d'un enrichissement outrancier – à seule fin d'entretenir son propre fonctio […]
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