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MARIVAUX PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE (1688-1763)

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4.  Le plaisir du jeu théâtral

Les Italiens lui ont fait connaître le plaisir du jeu théâtral ; ce jeune écrivain qui rêvait de tragédies classiques et de comédies selon les règles se met à composer pour des masques, à écrire pour des acteurs volubiles et acrobates. Il accepte la convention théâtrale dans ce qu'elle a de plus visible ; ici encore, sa vocation est de repenser la tradition et de fonder son œuvre sur l'essence même du théâtre, le déguisement et le jeu. Mais ce jeu n'est pas gratuit : dans Le Spectateur, il voyait défiler des « porteurs de visages », des « figures » qui donnaient « spectacle » ; et l'« indigent philosophe » a déjà mis dans sa « Cinquième feuille » la future leçon du neveu de Rameau : « Farce en haut, farce en bas ; et plût à Dieu que ce fût toujours farce. » Si chacun est dupe de l'apparence au point de changer de personnalité en changeant de robe de chambre, comme Jacob, le paysan parvenu, le théâtre est une école de vérité. Marivaux accentue le mirage théâtral ; ses acteurs échangent volontiers leurs masques et leurs identités, improvisant des intrigues et des mystifications ; ils semblent toujours avoir conscience de jouer, et leur langage lui-même n'est qu'une suite de jeux de mots. Mais l'homme étant constamment prisonnier de sa condition, des situations et du langage, le théâtre montre l'apprentissage de la liberté : au travers des masques, au hasard des répliques et des métaphores prises à la lettre, une autre vérité se fait jour ; le cœur « entrepris » parle une autre langue (Double Inconstance). Consacré à ces brèves illuminations, le théâtre de Marivaux est, par nature, poétique.

Voilà, de tous les écrivains de la Régence, le plus pernicieux, le plus obstiné à détruire les certitudes de l'âge classique. Le roman avait évoqué des destinées, et la comédie, des caractères ; autant de modèles, de définitions de la vie et de l'homme ; il ne s'attache qu'à l'existence dans ce qu'elle a d'inimitable et d'informulable. Chacun de ses héros,  […]

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