4. Les puissances navales dans le monde contemporain
Depuis le milieu du xixe siècle, les possibilités techniques, le rôle et la répartition des forces navales ont complètement changé. Au risque de schématiser, on pourrait distinguer quatre phases caractéristiques : les premières expériences de la nouvelle marine de guerre (guerres de Crimée et de Sécession), l'apparition de marines nationales et le développement des marines impériales, enfin la guerre navale à l'échelle mondiale.
Propulsion à vapeur, canons-obusiers, blindage des navires, tous fruits de la révolution industrielle, ont transformé la silhouette des navires de guerre, créé de nouveaux types en quelques décennies et modifié la composition des flottes militaires plus rapidement que celle des flottes marchandes. L'accroissement de vitesse acquis grâce à la vapeur bouleversait les conditions de la guerre, permettait la surprise, affranchissait la manœuvre des servitudes du vent, accélérait le transport à longue distance de corps expéditionnaires nombreux.
Mais ces progrès dispendieux n'étaient accessibles qu'aux États riches. La France en attendait son renouveau naval, l'Angleterre industrielle le maintien de sa prééminence et de son expansion. Toutes deux, de concert, avec le concours italien, expérimentèrent la nouvelle marine contre un adversaire fort éloigné, la Russie. La logistique réussit un premier coup de maître : le transport et le ravitaillement en armes, munitions et vivres d'une armée qui s'éleva à 150 000 hommes. Opération combinée sur mer et sur terre, appuyée par une puissance de feu inusitée. L'expérience de la guerre de Sécession, aux États-Unis, fut un peu différente. Elle démontra la supériorité navale du Nord industriel, et c'est au cours de ce conflit que fut livré le premier combat de l'histoire entre navires cuirassés ; la compétition entre le blindage et le canon commençait, et l'on s'aperçut par ailleurs que c'était à partir des tourelles que l'artillerie disposait du champ de battage le plu […]
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