Méconnue en Occident mais célèbre et vénérée en Russie, la ballerine Marina Timofeïevna Semenova a incarné près d'un siècle de danse russe. Elle aura joué un rôle fondamental dans la survie d'un art ébranlé par la révolution russe, dans son éclat au cours des années staliniennes comme dans sa transmission aux générations suivantes.
Marina Semenova est née le 12 juin 1908 à Saint-Pétersbourg. Dès l'âge de dix ans, elle intègre l'école du ballet de Petrograd (nom donné à la ville de Saint-Pétersbourg de 1914 à 1924, avant qu'elle soit rebaptisée Leningrad puis à nouveau Saint-Pétersbourg) et sera la première danseuse entièrement formée par Agrippina Vaganova (1879-1951), alors directrice de l'école et connue pour sa technique d'enseignement. Le premier succès de la jeune Semenova commence à sa sortie de l'école en 1925 avec son rôle dans La Source (musique de Léon Minkus et Léo Delibes, chorégraphie d'Achille Coppini d'après un livret d'Arthur Saint-Léon), où elle fait preuve de vivacité et de précision technique, ce qui lui permet d'intégrer le ballet du théâtre d'État de Leningrad (ex-théâtre Mariinsky qui deviendra plus tard le Kirov) directement au rang de soliste, à l'âge de dix-sept ans. Marina Semenova y restera de 1925 à 1930 et connaîtra cinq années de gloire.
D'emblée, la jeune soliste se voit confier les rôles principaux des chefs-d'œuvre de Marius Petipa : Odette-Odile dans Le Lac des cygnes (musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski), Nikya dans La Bayadère (musique de Léon Minkus), Aurore dans La Belle au bois dormant (musique de Tchaïkovski), le rôle-titre de Raymonda (musique d'Alexandre Glazounov), Aspicia dans La Fille du pharaon (musique de Cesare Pugni). Sa virtuosité impressionne mais ce sont surtout son style et sa manière d'interpréter ces rôles très romantiques qui vont marquer le public et l'histoire de la danse. Semenova apporte en effet à ces personnages de jeunes femmes souvent victimes une dimension héroïque, volontaire et maîtresse d'elle-même qui va également plaire aux off […]
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