Méconnu en France avant que son chef-d'œuvre Dundo Maroje ne soit représenté en 1958 au théâtre des Nations, Marin Držić (en italien Marino Darsa) est pourtant le plus grand écrivain de la Renaissance dalmate.
Abbé, organiste, comédien et auteur dramatique, secrétaire d'un comte, chapelain et conspirateur, ce Figaro ragusain, cadet de Machiavel, contemporain de Ruzzante et précurseur de Molière, dont la vie agitée, de Vienne à Istanbul et de Dubrovnik à Sienne et à Venise, témoigne de l'intense circulation des idées et des hommes sur la frange occidentale de l'Empire ottoman, a su, par la vigueur de la satire sociale, renouveler les stéréotypes de la pastorale, de la farce et de la commedia erudita héritée du théâtre latin.
1. Les vicissitudes d'un prêtre voyageur
Auteur comique croate, fils d'une famille de commerçants, Marin Držić, né à Dubrovnik vers 1508, entre dans les ordres en 1526 et devient en 1538 organiste à la cathédrale Sainte-Marie de Dubrovnik. Cette conjoncture lui permet d'aller faire des études à Sienne, où il devient recteur du foyer d'étudiants (Domus sapientiae) et vice-recteur de l'université. Esprit turbulent aux talents multiples, Držić s'occupe plus de théâtre que d'études, si bien qu'il se fait également comédien. En tout état de cause, un séjour à Sienne le marque profondément, en accentuant son penchant pour les arts. La position particulière de Dubrovnik, république miniature, étonnante enclave, chrétienne et libre, dans l'Empire ottoman d'alors, fait que la vie théâtrale y est liée dogmatiquement à une idéologie : en l'occurrence, l'idéologie chrétienne de la Contre-Réforme. À son retour de Sienne, Držić séjourne dans sa ville natale de 1545 à 1562. C'est à cette époque qu'il écrit l'essentiel de son œuvre, se consacrant entièrement au théâtre. Bien que prêtre, il mène joyeuse vie et dépense gaiement sans compter. En 1545, il entre comme secrétaire au service du comte autrichien Rogendorf. Il voyage en sa compagnie, va de Vienne à Istanbul, revient à Dubrovnik, et dila […]
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