3. La perspective œcuménique
Le problème de Marie n'occupe évidemment pas une place centrale dans le dialogue œcuménique à l'heure actuelle. Cependant le IIe concile du Vatican, en refusant un traité séparé de mariologie et en incorporant un chapitre sur Marie dans la constitution sur l'Église, a ouvert une perspective nouvelle en montrant un évident souci de ne pas dissocier le thème marial de l'ensemble de la réflexion œcuménique sur l'Église, et donc d'éviter des risques de malentendus avec les frères séparés (cf. constitution Lumen gentium, no 67). La question mariale n'est donc pas secondaire ; mais elle est seconde par rapport à d'autres points plus fondamentaux du débat œcuménique. Avec les Églises orthodoxes, l'amplitude prise par le culte marial – et même la doctrine – ne fait pas en soi difficulté ; il en va différemment du rôle que s'attribue le magistère dans l'élaboration et la définition du dogme. C'est la question du pouvoir dans l'Église qui est en cause, non celle de Marie. Du côté des Églises protestantes, les choses sont moins simples. L'absence de mariologie a des causes plus profondes qu'une simple réaction négative aux excès du « maximalisme » marial catholique. La contestation porte essentiellement sur deux points : d'une part, sur l'interprétation des textes bibliques dans un sens qui majore la gloire de Marie, et cela pose le problème des rapports de l'Écriture et de la Tradition ; d'autre part, et plus profondément, sur la participation et la coopération active attribuée à Marie dans la Rédemption. Certes, Marie ne joue pas un rôle passif ; elle donne à la grâce une réponse active, celle de la foi ; comme telle, elle est bien, dans son humilité de servante, figure de l'Église, premier témoin du peuple de Dieu et en un sens type de la maternité de l'Église. Mais la réponse de la foi n'ajoute rien à l'œuvre unique et universelle du Christ. Dans cette double perspective, on peut penser et espérer que le renouveau biblique amorcé avec le IIe concile du Vatican, joint à un effort rigoureux vers un christocentrisme re-situant Marie dans l'Église par rapport à Jésus-Christ, unique médiateur et rédempteur, ouvre la voie à une recherche commune en convergence. On pourrait alors envisager, selon le vœu d'un théologien protestant, « un retour salutaire à la simplicité évangélique ramenant la considération envers Marie aux proportions qui peuvent lui être légitimement accordées dans une Église chrétienne et que nul esprit sensible aux valeurs humaines ne saurait lui refuser » (G. Miegge).
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