2. Les Années folles
Narcissisme ou interrogation toute légitime d'une enfant qui ne l'était pas sur son identité et sa place dans un milieu de rapins haut en couleur, les autoportraits abondent. Marie Laurencin saura, tout au long de sa carrière, imposer son image comme la clé de son univers pictural. Les premiers succès, dès 1910, l'encouragent. De 1911 à 1914, elle peint d'ambitieuses compositions pour le Salon des indépendants et pour le Salon d'automne, dans le cadre duquel elle participe, en 1912, au décor de la Maison cubiste, dont la façade est signée Raymond Duchamp-Villon et l'aménagement André Mare. En 1913, sept de ses tableaux figurent à l'Armory Show de New York. Quittant Apollinaire, elle rencontre Jean-Émile Laboureur, graveur qui restera son maître en taille-douce durant de longues années. Dès ces années d'avant la Grande Guerre, l'artiste, à trente ans, connaît la reconnaissance critique, joue de sa séduction, affirme des amitiés féminines. Avec Nicole Groult, sœur de Paul Poiret et épouse du décorateur André Groult, dont elle fera plusieurs fois le portrait, elle noue une longue relation amoureuse pendant son exil en Espagne.
Le mariage de Marie Laurencin, en juin 1914, avec un peintre de Montparnasse allemand et francophile, le baron Otto von Wätjen, la contraint en effet à quitter la France pour cause de guerre. Elle n'y reviendra qu'en 1922. De la période espagnole subsistent quelques œuvres importantes, tel Le Zèbre (« danseur espagnol », 1917, musée de Tel Aviv) et de nombreuses poésies qui seront réunies dans un ouvrage illustré, Le Carnet des nuits (1956). Les Années folles et son affranchissement personnel, sous le règne de la garçonne, voient le succès couronner sa production de Princesses et autres Amazones, occupées à divers Jeux d'enfants. Réalisant de nombreux portraits mondains, l'artiste s'invite dans les intérieurs art déco les plus élégants, où ses œuvres s'inscrivent avec une rare délicatesse de tons. Des toiles de commande (portraits de M […]
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