En un combat solitaire et sans issue, Mariano José de Larra y Sánchez de Castro, qui porte en lui-même Figaro et Antony, tourne ses armes – l'humour, le sarcasme, le sous-entendu – contre ses compatriotes qu'il raille plus qu'il ne les décrit, contre les hommes d'État qui déçoivent ou trahissent, contre l'Espagne tout entière qu'il fustige parce qu'il la voudrait autre, contre lui-même enfin : précocement usé à vingt-huit ans, il conclut par un suicide au pistolet une existence ballottée qui ne peut être réduite à une forme de romantisme vécu.
1. Contradictions et tourments
Intransigeant dans son refus du lyrisme, il laisse affleurer dans ses articles de presse, plus encore que dans ses drames et ses poésies, des aveux qui révèlent un être écartelé et déraciné : européen à Madrid, où il naquit et mourut, il est fièrement espagnol à Londres et à Paris ; il ne croit pas en la femme, non plus qu'en l'ami, mais se voue à une passion adultère, exclusive et tourmentée ; il place sa foi politique dans le concept de « liberté », mais retire sa confiance aux libéraux ; il cultive en secret un narcissisme de dandy, mais nourrit ses articles d'observations si minutieuses que le moindre objet, dans les mains du savetier ou de la chiffonnière, en est comme magnifié ; il affirme l'utilité sociale de la religion catholique, mais pousse l'hétérodoxie jusqu'à célébrer les vertus du protestantisme ; il se supplicie en clouant au pilori, dans une de ses critiques théâtrales, l'Antony d'Alexandre Dumas, dont il est le frère à bien des égards.
2. L'Espagne malade
Sa versatilité, son goût pour le dédoublement, l'obligation de berner la censure gouvernementale le portent à user de pseudonymes, dont l'un, « Fígaro », sera retenu par la postérité, de préférence au Duende satírico del día (Le Lutin satirique moderne) ou au Pobrecito Hablador (Le Pauvre Babillard), titres de deux revues éphémères qu'il avait créées. Il abandonne à son compatriote Mesonero Romanos la peinture de mœurs qui égratigne élég […]
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