2. Ambiguïté de l’institution
C'est avec la certitude qu'on ne saurait échapper aux multiples réseaux de la subjectivité – fantasmatiques et idéologiques – qu'on peut se risquer à une critique de l'institution. Critique qui ne doit pas s'entendre en un sens seulement négatif, mais qui doit procéder à une évaluation des possibilités de changement d'une institution inadaptée à son monde. Pour ce faire, les mots d'ordre libertaires, pour exaltants qu'ils puissent être, doivent céder le pas à une analyse précise, non du mariage, mais de ses conditions mêmes d'application dans le monde réel. C'est moins l'individu lui-même qui doit être libéré du mariage que le mariage lui-même qui peut se libérer.
• Une fonction structurale
La moindre confrontation avec le réel quotidien rend nécessaire un nouveau type de discours sur le mariage : aucun discours rationnel et argumenté ne pourrait se tenir aujourd'hui, qui ignorerait, d'une part, les données de l'ethnologie et de la psychanalyse, d'autre part, les modifications réelles des conditions objectives du mariage : travail plus fréquent des femmes, difficultés de l'emploi du temps, fréquence croissante du nombre des divorces, etc. Ainsi, l'ethnologie nous apprend que le mariage a pour fonction l'échange : Lévi-Strauss en fait la clé de voûte de son système et de toute une orientation de recherche, en montrant que le mariage assure en même temps l'expansion du langage et de l'exogamie ; le mariage est l'institution qui fonde la culture, il est l'acte culturel par excellence. De ce fait, l'affectivité qui, dans la conception courante, sous-tend l'institution, devient relative à celle-ci, et déterminée en seconde instance. De même, la psychanalyse permet de mettre en évidence la structuration véritable du couple : non pas deux éléments, mais trois, à savoir la fonction paternelle, ayant force de loi, la mère, ressource des imaginaires, et l'enfant. Le triangle œdipien dont chaque individu fait partie effectue de la même façon que l'ethnologie la « mise en système » du mariage, et relativise un phénomène vécu par ailleurs comme absolu dans une mythologie d'inspiration romanti […]
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