On prend mieux aujourd'hui la mesure de ce que fut, vers 1923, l'avant-garde tchécoslovaque dans tous les domaines (peinture, linguistique). Ces domaines n'étaient pas cloisonnés, et un même courant politique révolutionnaire les traversait. C'est dans ce milieu que Toyen, dès son adolescence, s'affirme en adoptant pour pseudonyme la fin du premier mot français qu'elle apprit (« citoyen »). Quand elle commence à peindre, en 1922, l'année de sa rencontre avec Jindřich Štyrský, compagnon de route à travers cubisme et surréalisme, jusqu'en 1942, année de la mort de cette autre grande figure de l'avant-garde tchécoslovaque, elle associe l'influence cubiste à un goût pour l'imagerie populaire qui persistera longtemps chez elle. Dès 1927, les formes reconnaissables tendent à se dissoudre au bénéfice d'évocations assez inquiètes, où les recherches de matière jouent un rôle qui sera épisodique dans son œuvre. Leur succèdent, vers 1931, des paysages d'une simplicité et d'une nudité lunaires (Gobi, musée d'Art moderne, Prague). En 1934, Toyen adhère au surréalisme en même temps qu'un petit groupe de poètes et d'artistes, dont Vitězslav Nezval, Karel Teige et Jindřich Štyrský, groupe assez consistant pour que le surréalisme ait semblé, à l'époque, avoir trouvé à Prague sa deuxième capitale européenne, après Paris. Sa peinture est dès lors peuplée d'apparitions (Le Spectre jaune, 1934) qui culminent dans La Dormeuse (1937), l'un des tableaux les plus importants de notre temps par sa puissance de synthèse et d'interrogation. Dès 1938, la menace nazie qui pèse sur la Tchécoslovaquie invite le groupe surréaliste à une position de repli. Un petit nombre de toiles, dont L'Heure dangereuse (1942), rendront compte de l'isolement de ce groupe, dont Toyen transpose par ailleurs l'angoisse dans des cycles de dessins exemplaires, depuis Tir (1939-1940) jusqu'à Cache-toi, guerre ! (1944). Venue à Paris en 1947, en compagnie de Jindřich Heisler, poète surréaliste, elle décide de s'y fixer à la suite de l'évolution politique de […]
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