3. Le poids du mythe
Le retour à l'origine n'est donc pas seulement une plongée dans l'histoire réelle. Le point de départ du travail littéraire, théâtral, romanesque ou poétique, peut être aussi bien la légende, ou, comme dans Nouvelles orientales, la fable grecque ou hindoue, l'apologue taoïste, la ballade balkanique, c'est-à-dire un texte antérieur, jouant le rôle des archives ou des arbres généalogiques pour les travaux d'historien. Mais l'utilisation du mythe, au-delà de sa diversité apparente, reconduit régulièrement Marguerite Yourcenar aux sources helléniques. « Toujours un fil grec court à travers la trame, qu'elle soit balte, espagnole, italienne ou hollandaise », remarque Carlo Bronne à son sujet. Nous touchons ici à une prédilection soutenue par cette conviction que « presque tout ce que les hommes ont fait de mieux a été dit en grec ». L'Antiquité n'a pas fini de proposer son modèle à la pensée, à la langue, comme aux rapports humains. C'est ainsi qu'un long essai sur Pindare précède le roman de La Nouvelle Eurydice qui déplace et renouvelle l'aventure d'Orphée dans un cadre contemporain ; modernisation du mythe que l'on retrouvera dans les poèmes de Feux, puis dans l'œuvre dramatique qui met en scène Alceste, Électre ou le Minotaure. Cette préférence a ses raisons. Le mythe n'a pas seulement une valeur esthétique, il véhicule une métaphysique de l'existence ; l'égale sensibilité à l'humain et au divin, le sens du tragique, l'importance de la lucidité, la valeur accordée à certaines formes de relation amoureuse mal tolérées ailleurs forment autant de thèmes que développera l'œuvre de Marguerite Yourcenar.
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