2. L'éveil du lyrisme
Elle a beaucoup écrit ; trop peut-être : il y a dans ses œuvres des longueurs, du bavardage. Et pourtant, elle a ouvert des chemins nouveaux, dans ses poésies, nombreuses et diffuses, dans un recueil de contes surtout, inachevé, mais très neuf. Ses premiers vers datent de sa jeunesse : un Dialogue en forme de vision nocturne, écrit en terzarimes, qui traite de problèmes théologiques élevés (la prédestination, le libre arbitre, les œuvres). Elle a livré là ses réflexions secrètes au moment où se manifestait l'esprit de la Réforme.
En 1531, elle publie le Miroir de l'âme pécheresse, longue méditation assez confuse où elle analyse son humilité, son néant devant le tout de Dieu (antithèse qu'elle développera sans cesse). En 1547, elle publie l'ensemble de ses poésies : les Marguerites de la Marguerite des princesses. Leur mérite essentiel est la spontanéité, une spontanéité un peu verbeuse, et la sincérité. On y trouve des poésies de circonstance, des épîtres adressées au roi ou à Louise de Savoie, des essais de psychologie amoureuse (La Coche, les Épîtres des quatre dames et des quatre gentilshommes, où elle analyse le parfait amour), des comédies, de valeur inégale, parmi lesquelles on remarque quatre pièces bibliques consacrées à la naissance et à l'enfance de Jésus : elles ont, la première surtout, de la fraîcheur. Leurs intentions morales sont évidentes.
Il faut classer à part un ensemble de poèmes (Miroir de l'âme pécheresse, Oraison de l'âme fidèle, Discord de l'âme et de la chair, Triomphe de l'Agneau) où la princesse se laisse aller à des effusions mystiques, affirme sa faiblesse, chante son amour pour Dieu. On retiendra surtout les Chansons spirituelles qui sont, avant les Odes de Ronsard, la première manifestation du lyrisme français moderne. Il y a, dans ces pages rapides, des élans, des aveux, des harmonies qui sont vraiment d'un poète.
Aux Marguerites, il faut joindre les Dernières Poésies, inédites jusqu'en 1896. Elles comprennent d'amples poèmes, « Le Navire », « Les Prisons », deux comédies, autant de confessions où la reine a dit sa douleur à la mort de François Ier et tracé une synthèse de sa vie intérieure. Autant de poèmes peu connus et qui ne méritent pas l'oubli.
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