2. Du nationalisme à l'humanisme
Si La Science espagnole est surtout un pamphlet, discutable, mais profondément significatif du « complexe culturel » dont souffre alors l'Espagne, l'Historia de los Heterodoxos, publiée de 1880 à 1882, établit définitivement la réputation de l'écrivain. Dans ses trois gros volumes, il fait le relevé de toutes les déviations de la pensée religieuse espagnole. Une telle somme ne pouvait être écrite que par un auteur se souciant peu d'une approche véritablement « critique » des doctrines exposées. Menéndez y Pelayo ne cherche pas à comprendre et encore moins à justifier d'un point de vue historique, social ou même psychologique la série monotone des « errements » que sont pour son esprit militant les diverses hérésies ou déviations. Seuls trouvent grâce à ses yeux les écrivains qui par un heureux privilège sont restés « espagnols » de cœur et surtout de style. Ainsi s'explique sa relative compréhension dans le cas d'un Juan de Valdés ou d'un abbé Marchena. Passionné de la Renaissance, Menéndez y Pelayo porte toujours une grande admiration aux auteurs qui ont su garder intact l'héritage classique, en particulier celui d'Horace. Ici encore se manifeste son nationalisme culturel. Plus que les « hérétiques » de toutes sortes, il blâme les auteurs dont la pensée ou le style lui semblent un reflet des grandes cultures européennes non latines. La pensée libérale est moins condamnée comme telle que comme pensée sans racines dans le sol hispanique. Malgré le parti pris de l'auteur, franchement étalé, malgré ses jugements abrupts, Les Hétérodoxes, dont certaines appréciations seront plus tard nuancées dans les notes, restent une œuvre incomparable et d'influence idéologique durable.
Malheureusement, ce fut l'aspect militant de cette œuvre qui valut plus tard à Menéndez y Pelayo le discutable honneur de devenir la référence idéologique officielle de la culture nationale au lendemain de la guerre civile. Œuvre de jeunesse et de combat, l'Histoire des Hétérodoxes est […]
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