Cinéaste français d'origine allemande, fils du cinéaste Max Ophüls, Marcel Ophüls est également à l'aise dans trois cultures, la française, l'allemande et l'anglo-américaine, ce qui lui vaut de partager son activité entre plusieurs pays et de s'intéresser à certains aspects de la Seconde Guerre mondiale. Après un passage par la fiction, il fit une entrée remarquée dans le documentaire avec Le Chagrin et la Pitié (1971), longtemps interdit d'antenne, malgré son énorme succès dans le circuit des cinémas d'art et d'essai. À la légende rose d'une France résistante, Marcel Ophüls opposait la légende noire d'une France largement ralliée à la collaboration, montrant que les juifs français ou résidant en France avaient été déportés avec la participation active de la police française. Il s'agissait là d'une remise en cause de l'imaginaire historique français, procédant à l'inversion d'une légende par le documentaire. La technique du cinéaste, très efficace, consiste à pousser chacun dans ses retranchements, et, au montage, à le mettre face à ses contradictions éventuelles. Les anciens résistants, paysans ou petit peuple citadin, sont des antithèses de l'image traditionnelle du héros ; ceux qui ont assisté de loin à l'occupation, sans collaborer ni résister – en général de petits notables de Clermont-Ferrand, ville de référence du film –, tiennent un discours vague que la vigilance du cinéaste n'a pas de peine à prendre en défaut ; les vrais collaborateurs, enfin, responsables politiques ou administratifs encore en fonctions, usent avec aisance de la rhétorique pour se décharger de toute culpabilité. Après ce coup de maître, Marcel Ophüls, inspirant désormais quelque méfiance en France, réalisa en 1976 aux États-Unis un film de même inspiration sur le procès de Nuremberg et ses séquelles (The Memory of Justice). Il tourna ensuite un film tout aussi implacable sur le procès Barbie (The Life and Time of Klaus Barbie / Hôtel Terminus, 1985-1988, États-Unis), puis un documentaire enquête sur la réunification allema […]
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