3. Magie, religion, morphologie
De cette conception du phénomène social total découle l'idée féconde que des compensations et des transferts peuvent s'établir entre les divers phénomènes sociaux, et aussi que les uns s'éclairent par les autres. C'est ainsi par exemple que le principe du mana, puissance impersonnelle surnaturelle, avec ses divers équivalents suivant les peuples observés, permet de comprendre le symbolisme qui l'exprime dans les rites religieux tels que le sacrifice et la prière. Malgré son caractère individualiste, la magie est de ce fait d'origine sociale tout comme la religion. Le sacrifice, d'autre part, a pour objet de faire communiquer le sacré avec le profane. Quant à la prière, on peut saisir la genèse à partir de formules élémentaires qui ne s'adressent pas à des divinités, mais ne sont pourtant pas magiques. La plupart des rites peuvent être interprétés comme des langages symboliques. Par exemple, les pratiques du deuil ainsi que les usages réglementant la plaisanterie servent à manifester des liens de parenté.
Quant à la morphologie sociale, elle présente des rythmes variés qui sont des phénomènes totaux et traduisent aussi des structures fondamentales sous des formes complexes. L'exemple de la société eskimo, qui se présente comme dispersée ou même individualiste en été et, au contraire, rassemblée et communautaire en hiver, montre que c'est bien la totalité de l'existence, sous tous ses aspects, qui change selon des alternances que symbolisent les saisons.
Ainsi Mauss, dans ces diverses recherches, a saisi avec acuité les ressorts cachés de la vie sociale dans ce qu'elle a de significatif et de concret.
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