L'œuvre de l'artiste belge Marcel Broodthaers, malgré la fulgurance de son parcours (douze ans) et le peu de retentissement auprès du grand public, apparaît aujourd'hui comme l'une des plus importantes parmi les innombrables bouleversements artistiques nés au milieu des années 1960. Poète, photographe, réalisateur de films, plasticien, ces différentes étiquettes ne conviennent guère à un homme dont le principal projet fut de remettre radicalement en cause le système d'échanges existant entre l'art – comme institution muséographique, politique, économique – et le public.
1. Un écrivain et artiste hors norme
Né à Bruxelles en 1924, Broodthaers ne fait son entrée dans les arts plastiques que tardivement, en 1964. Dès 1943, cependant, il écrit des poèmes et, au cours des années 1940, fréquente le milieu surréaliste de Bruxelles. Il y rencontre notamment Magritte en 1946, artiste qu'il fréquentera jusqu'à sa mort et qui aura une grande importance pour son propre travail. En 1946 également, il ouvre une librairie dont il fait son « gagne-pain », car il vivait auparavant dans une extrême pauvreté. À partir de 1957, sa situation évolue : il publie son premier recueil de poèmes (Mon Livre d'ogre), se lance dans la photographie et réalise un film en l'honneur de l'artiste Kurt Schwitters (La Clef de l'horloge, 1957). Au début des années 1960, il rédige des textes de critique d'art, notamment sur le pop art américain, mouvement qui l'intéresse particulièrement. En 1963, il décide enfin de « devenir artiste » : il plonge dans du plâtre cinquante exemplaires de son dernier recueil de poèmes, Pense-bête, qui deviennent ainsi une seule œuvre, présentée à la galerie Saint-Laurent (Bruxelles) en avril 1964. Sur le carton d'invitation on peut lire : « Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. »
Plus qu'une anecdote autobiographique, on trouve là une thémati … ]
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