3. Un style international
Au tournant des années 1960, Breuer s'engage dans la recherche d'une esthétique toujours vigoureuse mais plus « classicisante » ; il invente un traitement de façade régulier, tramé, très charpenté, qui donne à ses édifices une solide élégance. Ce genre de façade, constituée de panneaux préfabriqués en béton armé, assez profonds, devient un stéréotype de l'architecture internationale de bureaux de la fin de la décennie (sous une forme moins rigoureuse et affadie, avec en plus des coulures et salissures fréquentes) ; il parvient même souvent à détrôner le classique mur-rideau de verre et métal.
Marcel Breuer applique cette solution avec perfection au siège central du Department of Housing and Urban Development de Washington (1960-1968), plus tard aux laboratoires pharmaceutiques Sarget de Bordeaux-Mérignac (1974), mais surtout aux splendides bâtiments construits pour la firme I.B.M. à La Gaude, dans la région niçoise (1960-1961). Dans ces constructions calmes et fortes, deux niveaux de façades se développent largement selon un plan en double Y et se dégagent d'un terrain pentu par une succession de piliers de béton massifs en forme de tridents.
D'une œuvre commencée sous le signe de la rigueur et du dépouillement et achevée sous celui de la rigueur et de l'expressivité plastique, on retiendra encore le Whitney Museum of American Art de New York (1963-1966) et trois réalisations françaises : la station de ski de Flaine en Haute-Savoie, entreprise au début des années 1960, la grande Z.U.P. de Bayonne, monumental alignement d'immeubles de douze niveaux sur un site de collines à quelque distance de l'agglomération ancienne (1963-1974), et surtout l'ambassade d'Australie à Paris, quai Branly (1976-1978), réalisée en collaboration avec son ancien élève de Harvard Harry Seidler.
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