2. D'une architecture comme sculpture fonctionnelle
De 1937 à 1941, il travaille avec Walter Gropius, puis seul, avant de s'installer définitivement à New York en 1946. De ces premières années américaines datent un certain nombre de maisons particulières aux espaces sobrement articulés, volumes simples souvent organisés en H, souvent largement ouverts sur le paysage chargé de « procurer les murs », dans des rapports de transparence et de continuité entre l'intérieur et l'extérieur. Contrastant violemment avec le lisse des parois vitrées ou des revêtements de bois rouge, des socles maçonnés, des murs de pierre brute et des cheminées, qui firent le bonheur des revues d'architecture, introduisaient des effets de texture, dont la mode se répandit dans le monde entier.
Mais c'est dans le courant des années 1950 que Marcel Breuer met au point le style de son âge mûr : employant les ressources esthétiques du béton armé qu'avaient déjà explorées avant lui certains ingénieurs européens tel Pier Luigi Nervi, il y voit le « moyen parfaitement plastique » de réaliser des structures architecturales qui fussent « des sculptures ayant une fonction ».
Il construit à cette époque le siège de l'U.N.E.S.C.O. à Paris (1953-1958), dessiné avec Nervi justement et Zehrfuss, bâtiment souple et majestueux, flanqué d'une vaste salle de conférences au volume expressif constituée d'une unique structure de béton continue, scandée, sur ses parois et sa toiture, de fortes coques plissées. Le même système est repris pour la nef de l'abbaye bénédictine de l'université Saint-Jean à Collegeville, dans le Minnesota (1953-1961) où une gigantesque dalle de béton armé verticale, rectangulaire, « bannière » ajourée pour le logement des cloches et d'une simple croix, sert de clocher spectaculaire, portée par quatre hautes jambes inclinées à l'extérieur du bâtiment proprement dit.
Si le Hunter College du Bronx (1955-1959) paraît d'une expression plus réservée, avec ses grandes boîtes aveugles masquées par une résille homogène de claustra, le bâtiment de l'University Heights de New York (1956-1961) franchit un nouveau pas dans l'usage sculptural du béton : il s'agit cette fois d'une énorme masse monolithique, puissamment travaillée et brute de décoffrage, supportée en un double porte-à-faux par de solides piliers en V.
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