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SANGNIER MARC (1873-1950)

Adolescent au collège Stanislas, jeune militaire à Versailles, étudiant à Polytechnique, toujours l'on retrouve Sangnier organisant des réunions dont le but est de rapprocher le favorisé et le démuni, l'ouvrier et l'étudiant, le gradé et le soldat, et de susciter la discussion.

Abandonnant très vite la carrière militaire pour se consacrer à son idéal, qui n'est pas encore une idéologie, Sangnier prend la direction d'une revue fondée avec quelques amis, Le Sillon. Fruit d'un petit cercle d'intellectuels, la revue devient un mouvement d'éducation populaire ; il s'agit de « concilier le spiritualisme chrétien et les revendications populaires pour la justice sociale ». Léon XIII, puis Pie X manifestent leur sympathie au Sillon. Dans ces années où la vague anticléricale est puissante, le mouvement de Sangnier se développe rapidement, les cercles se multiplient et, dès 1905, un second organe de démocratie chrétienne est lancé, L'Éveil démocratique. À gauche, on reproche à Sangnier de n'être pas un ennemi de l'Église, à droite d'être républicain. En 1908, il se trouve à la tête d'un quotidien, La Démocratie, mais, après un échec aux élections de 1909, Sangnier doit affronter un autre verdict : le Vatican le rappelle à l'ordre, à une plus rigoureuse orthodoxie, à une plus totale reconnaissance de l'autorité des évêques. Sangnier se soumet, et Le Sillon disparaît.

En 1919, continuant sa lutte, Sangnier est élu député de Paris, mais il ne parvient pas à créer le grand parti de démocratie chrétienne dont il rêve et il n'est pas réélu en 1924. Il participe néanmoins aux événements politiques par ses articles et par ses discours, et voit un grand espoir dans la victoire du Front populaire. Pour beaucoup, il reste un maître à penser ; dans le cadre de la Ligue de la jeune république, son influence n'est pas négligeable. La guerre le contraint à une retraite qu'il n'envisageait pas ; il abandonne ses activités cependant que son imprimerie de La Démocratie devient un lieu de travail pour des mouvements de résistance. Arrêté en 1944 par la Gestapo, il connaît, après la guerre, un renouveau de vie politique. Membre d'honneur du M.R.P., il est élu député en 1946. Mais, ni au Parlement ni dans le nouveau parti, il n'a désormais un rôle très efficace.

Pierre-Robert LECLERCQ

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