2. Un peintre poète
Peu avant 1940, l'angoisse perce à travers les Crucifixions ; La Chute de l'ange est une toile dramatique ; même les scènes de cirque se doublent d'allusions menaçantes. En 1941, Chagall se réfugie aux États-Unis. Il crée décors et costumes pour le ballet Aleko, puis, après la mort de Bella, il travaille pour L'Oiseau de feu, de Stravinski, qui sera monté à l'Opéra de New York. Rentré en France, il réside à Saint-Germain-en-Laye, au cap Ferrat, puis à Vence. Son inspiration se renouvelle peu, mais la part faite aux fleurs et aux paysages s'élargit ; les visions de Paris forment une série particulièrement poétique ; la part faite aux thèmes bibliques s'accroît. De nombreuses rétrospectives le consacrent et diverses commandes officielles l'honorent. Il s'intéresse à la céramique, fait quelques sculptures, conçoit deux vitraux pour la cathédrale de Metz. Alors, le funambule, « qui chaussait de rouge son pied droit et de vert son pied gauche » (A. Salmon), découvre une nouvelle vocation. Douze vitraux pour la synagogue du centre médical de Jérusalem, inauguré en 1962, représentant les tribus d'Israël au moyen de symboles d'animaux, sont un apport saisissant tant à l'art sacré qu'à l'histoire du vitrail. À la demande d'André Malraux, Chagall redécore le plafond de l'Opéra de Paris, inauguré en 1964. Depuis lors, les œuvres monumentales, vitraux, mosaïques, tapisseries, peintures murales, se sont multipliées. Citons deux peintures murales pour le Metropolitan Opera, à New York, des vitraux pour la Fraumünster de Zurich ainsi que pour la cathédrale de Reims. En 1973, s'est ouvert à Nice le Musée national « Message biblique Marc Chagall » grâce à un don du peintre et de sa femme Valentina à la France. L'œuvre de Chagall n'est pas, au même titre que celle d'un Picasso, synonyme de modernisme et point de départ de recherches plastiques, mais elle a introduit la métaphore poétique au cœur de la peinture.
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