Sans fausser les perspectives, mais en simplifiant, on peut dire que le siècle des Lumières a connu deux grands théoriciens de l'architecture, en France : le père Laugier et Jacques-François Blondel. Tandis que ce dernier poursuivait, non sans nuances, la tradition classique du Grand Siècle, fondée sur un vitruvianisme rationalisé, Laugier ouvrait la voie aux innovations, définissant certains traits typiques du néo-classicisme et annonçant les écrits tardifs de Boullée ou de Ledoux.
Né à Manosque en 1713, destiné à l'état ecclésiastique, Laugier entra au noviciat des jésuites d'Avignon avant de fréquenter successivement les collèges de Lyon, de Besançon, de Marseille et le petit séminaire d'Alès. La Compagnie n'excluait pas, de son enseignement général de très haut niveau, l'architecture civile et militaire. L'étude de cette matière, ses nombreux déplacements qui lui permirent d'observer les chantiers de reconstruction de certains collèges ou le renouveau de l'architecture urbaine, joints à sa connaissance des ruines et des édifices romains de Provence, amenèrent Laugier à méditer très tôt sur l'architecture. C'est néanmoins comme prédicateur qu'il commence une carrière brillante dès son arrivée à Paris en 1747 : ses sermons de carême à Saint-Sulpice, puis à Fontainebleau devant le roi, le rendent célèbre. Laugier, qui entretient des rapports étroits avec les milieux philosophiques, artistiques et littéraires de la capitale, est bientôt mêlé à la lutte du Parlement contre la cour et les jésuites. Ses sermons par trop polémiques dérogeaient à la bienséance de rigueur ; c'est de Lyon, où il est prié de se retirer, qu'il demandera lui-même à quitter la Compagnie (1756). Excellent représentant de ces « gens de lettres éclairés » du xviiie siècle qui surent imposer leur droit à la compétence dans des matières où ils n'étaient pas praticiens, mais où ils s'illustraient par la souplesse du raisonnement, l'audace des idées et une grande clarté d'exposé, le père Laugier publia ses écrits les plus retenti […]
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