4. Les chorfa
Le mot chorfa est la forme dialectale de shurafā', pluriel de sharīf (chérif). Ce sont les descendants du Prophète et de sa fille Fāṭima (Fatma). Ce qu'on a dit sur les chaînes initiatiques remontant à ‘Alī explique l'importance qu'ils ont prise. Si certaines familles, comme les Idrīsides et plus tard les Filaliens et les Sa‘diens, ont donné naissance à des dynasties qui ont régné sur le Maroc, beaucoup de ces « nobles » étaient de pauvres gens qui s'adonnaient à la recherche de la sainteté. Mais leur qualité leur conférait un grand prestige. On les appelait du titre de moulay (classique mawlāya), alors que sīdī (classique sayyidī, abrégé en sī quand on s'adresse à un lettré) s'emploie pour tous les saints. On connaît le sanctuaire de Moulay Idris à Fez. Mais la « vogue » des chorfa encouragea d'une part la fabrication de fausses généalogies et d'autre part elle favorisa la formation de lignées de chorfa qui ne descendaient que d'un murābiṭ notoire, mais non chérif. Le mouvement fut tel que certaines tribus reléguèrent le nom ancestral pour prendre celui d'un marabout, chérif réel ou supposé. On les a appelées tribus maraboutiques.
Cette importance des chorfa est due également à la part que prirent ces familles, surtout au xvie siècle, à la lutte contre les infidèles espagnols et portugais. Leur baraka était un gage de victoire, comme au temps du Prophète de qui ils la tenaient. Il ne faut donc pas s'étonner que l'idée shi‘te du Maḥdi, le maître de l'Heure, qui doit, à la fin des temps, faire régner la justice et rétablir le culte pur de l'islam, ait reparu dans ce milieu sunnite du Maghreb. Plusieurs légendes indiquent l'endroit d'un lieu maraboutique où le Maḥdi apparaîtra. L'idéal du maḥdisme explique le rôle religieux, social et politique joué par les marabouts.
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