2. Une langue recherchée
La langue de la maqāma est extrêmement caractéristique. L'usage d'une prose rythmée et rimée ou assonancée s'est en effet imposé d'emblée. Déjà fréquente dans le Coran, remise à l'honneur, dès le iie siècle, dans les épîtres officielles ou privées, à l'initiative des scribes d'origine persane, cette prose, désignée par le terme de saǧ‘, triomphe au iiie siècle et surtout au ive pour devenir dès lors une constante des lettres arabes ; elle envahit même les ouvrages d'histoire et de géographie.
Le discours s'y répartit en unités symétriques, de longueur à peu près égale, n'excédant pas douze ou treize syllabes, allant par deux, trois ou quatre, et se terminant par une rime unique. C'est donc une suite de propositions, construites de manière identique, se reprenant l'une l'autre, créant un balancement qui n'est pas sans rappeler, avec plus de liberté, celui des vers. La pensée ne progresse d'ailleurs pas toujours, la même idée étant exprimée différemment dans des unités successives. L'auteur trouve là l'occasion de révéler la richesse de sa langue qu'il manie avec virtuosité.
Les structures de l'arabe favorisent et même sollicitent pareil exercice. La possibilité de former de nombreux mots à partir de la même racine, ou par la modification interne du radical, l'existence de paradigmes morphologiques désignant des catégories entières de mots, la nature et la réglementation des alternances vocaliques, tout cela offre un matériel sonore qui facilite l'emploi de multiples combinaisons phoniques, constituant autant de figures que les rhétoriciens ont inventoriées avec précision et que les prosateurs comme les poètes ont utilisées à profusion. Tant de ressources expliquent pourquoi l'imagination créatrice s'efface peu à peu devant l'afféterie, d'autant plus que sur le plan sémantique le gongorisme fait loi avec un usage immodéré de figures telles que la comparaison, la métaphore, la métonymie, etc.
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