Né à Lima, Manuel Scorza était un poète — on lui doit Les Imprécations (1955), Les Adieux (1960), Les Désillusions du mage (1961), Requiem pour un gentilhomme (1962), La Valse des reptiles (1970) — mais aussi un militant des luttes paysannes indiennes que son action exila épisodiquement en France.
En 1970, un premier roman intitulé Roulements de tambours pour Rancas évoque la terreur inspirée par un notable primitif, le juge Monténégro, à une population indienne sans défense, spoliée de surcroît dans son élevage nomade par l'annexion d'un trust minier nord-américain venu brusquement clôturer ses terres. Un humour féroce tourné contre les délires des tyranneaux locaux qui prolifèrent au Pérou et une tendresse fraternelle envers les exploités, misérables éleveurs indiens des montagnes, fusionnent dans la sensibilité de Manuel Scorza pour tramer un livre à la fois tragique et drôle, sans équivalent dans la littérature latino-américaine. Un leader y prend l'initiative d'une rébellion qui entraîne la destruction totale par les soldats du village de Rancas.
Avec Garabombo l'invisible (1972), l'humour cède discrètement la place au « réalisme magique » tandis qu'apparaît un personnage peu commun, que son audace rend invisible et qui profite de la circonstance pour mener à son tour une lutte clandestine contre les puissants et leurs représentants. Si l'ambiance du livre est celle des rêves et des hallucinations, le massacre final, pulvérisant l'espérance de Garabombo et de ses partisans, relève, lui, du cauchemar. Ainsi, Roulements de tambours pour Rancas relate la bataille perdue par un homme solitaire ; Garabombo, les illusions avortées d'un groupe confondant, comme souvent en Amérique latine, le mythe et la réalité. Or il n'y a pas de victoire possible dans le combat social sans une connaissance profonde des origines. Recourant une fois encore au merveilleux, Manuel Scorza écrit en 1976 Le Cavalier insomniaque. L'Indien Raimundo Herrera y rêve son dernier voyage, un voyage de deux cent soi […]
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