2. L'hindouisme
Dans le brahmanisme, qui a suivi l'époque védique, et jusqu'à l'hindouisme (vers les débuts de l'ère chrétienne), les spéculations sur les mantras semblent relativement peu développées. Pourtant, dans les Brāhmaṇa et les Upaniṣad anciennes, la valeur symbolique de certaines syllabes est proclamée, comme l'est leur fonction cosmique. On les décrit aussi comme présentes dans le corps humain. On affirme ainsi que OṂ est l'essence de tous les Veda, ou qu'il est la Parole d'où naît le monde : « Ce son OṂ est tout cet univers », « cette syllabe est la réalité suprême. Quand on l'a comprise, tout ce qu'on désire, on l'a » (Katha Upaniṣad). Mais c'est plus tard, avec l'hindouisme puranique et tantrique (c'est-à-dire à partir du ive siècle environ), que les mantras, avec toutes les pratiques et spéculations rituelles, yoguiques et métaphysiques qui les accompagnent, se mettent à proliférer, cette efflorescence étant avant tout tantrique. Tous les rites à accomplir dans l'hindouisme, presque tous les actes quotidiens de la vie d'un hindou observant s'accompagnent en effet de mantras ; et cela est aussi visible dans l'Inde actuelle que ce dut l'être dans celle d'autrefois. « Du sein de sa mère à son bûcher funéraire, un hindou, littéralement, vit et meurt dans des mantras », écrivait un Indien au début du xxe siècle : cela reste généralement vrai.
Les textes tantriques soulignent le caractère d'énergie surnaturelle des mantras, dû à ce qu'ils sont des formes – parfois même la forme la plus haute – de l'énergie divine, la śakti, qui est Parole, vāc. Cette Parole première s'est révélée sous la forme de l'alphabet sanskrit. Or les mantras sont faits des phonèmes du sanskrit, langue divine de la Révélation. Ils sont donc tout-puissants. C'est ce qu'exprime la formule souvent répétée : « Tous les mantras sont faits de phonèmes, mais ceux-ci ont Śiva pour nature » : c'est le dieu qui les produit et les anime de sa force.
Dans leur essence, tous les mantras sont pure énergie de la Parole. Ils sont […]
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